Voici la tribune publiée par Corinne Lepage sur le site Contreinfo :
Le proverbe dit : le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. La crise nous conduit à une situation contraire où l’imbécile regarde la lune pendant que le sage montre le doigt. En effet, tout se passe comme si la crise économique était le moment rêvé pour procéder aux mauvais coups contre les libertés publiques pendant que les braves citoyens sont tout occupés à se préoccuper des cours de bourse sur lesquels ils ne peuvent rien.
De nombreux exemples fondent cette crainte à commencer par l’extension du champ d’application du secret défense alors que depuis des années le débat public portait sur sa restriction et son encadrement plus strict. Le scandale d’Etat que constitue l’affaire des frégates dans laquelle l’usage du secret défense a permis l’obstruction de la justice et un non lieu qui garantit ainsi l’immunité aux heureux bénéficiaires des rétro-commissions aura pour seule conséquence de faire voter un renforcement du secret ! En effet, la loi de programmation militaire interdit désormais les perquisitions permettant au juge d’instruction d’accéder aux documents classifiés, le président de la commission consultative du secret de la défense nationale posant les scellées sur tout document pour examen...avant d’envisager une hypothétique levée du secret défense. Ainsi, il suffira d’opposer le secret défense à toute affaire pouvant gêner le pouvoir ou un de ces amis pour s’affranchir de la justice. La France s’éloigne ainsi encore davantage du modèle des Etats luttant contre la corruption et pour la transparence à l’instar de l’Italie de Berlusconi.
De la même manière , alors que le Conseil d’Etat vient de considérer qu’il n’y a pas d’urgence à suspendre le fichier Edvige au motif avancé par le Ministère de l’Intérieur que le décret ne serait pas appliqué, la réalité est que les données peuvent être collectées sur la base de ce fichier depuis plusieurs mois et pourront être archivées, c’est-à-dire consultables sans aucune garantie. Pourquoi prendre autant de temps pour l’annuler ?!
Sans parler de CRISTINA, STIC et JUDEX, fichiers existants qui concernent , aux dires du rapport Bauer qui date de trois ans, 7,5 millions de personnes, ni du futur EDVIRSP dont la nécessité n’est toujours pas établie.
Dans la même logique du contrôle des citoyens et de la liberté de nuire, il faut citer l’absence de la protection des lanceurs d’alerte et de la création d’une Autorité indépendante de l’expertise dans la loi d’orientation Grenelle 1. Ainsi, en toute quiétude, rétention d’information sur la toxicité de produits, études bidon et désinformation pourront prospérer alors que les lanceurs d’alerte pourront continuer, malgré les procès gagnés, à être poursuivis, licenciés ou privés de crédits de recherche.
Il faut y ajouter la déconstruction programmée et la mise sous tutelle de l’audiovisuel public par la suppression de la publicité donc des ressources autonomes d’une part et par la nomination du Président de France Télévisions par le chef de l’exécutif d’autre part. La disparition volontaire d’une information publique indépendante porte la marque d’un régime de plus en plus autoritaire qui refuse de laisser à des citoyens responsables le soin de juger en connaissance de cause.
Enfin, n’oublions pas dans cet inventaire à la Prévert le projet de loi visant à contrôler le piratage des oeuvres sur Internet et à protéger les droits d’auteur, projet qui en l’état ne comporte absolument pas les garanties nécessaires pour le respect de la vie privée et porte atteinte aux libertés individuelles.
Cette évolution de nos institutions, vers moins de libertés pour les citoyens et plus d’autorité et de pouvoir pour l’exécutif est bien entendu à l’opposé du discours dominant qui , au prétexte d’une nécessaire unité nationale, rend illégitime toute critique, dans quelque domaine que ce soit. Ainsi, canalisée sur la crise, l’opinion publique se trouve détournée des enjeux sur lesquels elle pourrait effectivement agir efficacement-la mobilisation anti-Edvige l’a prouvé- et donne une parfaite illustration de la technique de l’écrevisse qui plongée dans l’eau froide ne s’aperçoit pas qu’elle est entrain de bouillir lorsque la température de l’eau monte.
Il est plus que temps de sortir de l’anesthésie démocratique dans laquelle nous sommes plongés pour refuser que la crise ne serve de prétexte à conduire des réformes qui entravent insidieusement les libertés individuelles, l’indépendance de la justice et des médias, rétablissent la censure et permettent de maintenir, voire de renforcer en réalité un système hypercapitaliste en pleine déconfiture.


Corinne Lepage est l'invitée du "Téléphone sonne" le mardi 26
Corinne LEPAGE, Vice-Présidente du MoDem, a
publié la tribune suivante dans le Monde :
Nous en sommes bien éloignés de ce pays qui aimait
à rappeler qu’il avait écrit le préambule de la Constitution et l’article 14 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui précisent que les citoyens par eux-mêmes ou par leurs
représentants constatent la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette et le recouvrement.
Certes, lorsqu’il s’agit de réduire les dépenses
publiques pour essayer d’engager enfin une politique de finances publiques respectueuse de nos engagements européens et de l’avenir de nos enfants, rien ne doit résister : ni casernes, ni emplois
de professeurs, ni service publics de proximité.
Cela vient du plus profond de son cœur. Un simple
nom de région. De sa région, prononcée trois fois de suite comme pour mieux en marquer l'attente : «Pyrénées, Pyrénées, Pyrénées…» Pas vraiment une surprise. Une habitude même. Mais après deux
années électorales particulièrement chargées en émotions pour le troisième homme de la présidentielle de 2007, la question ne se pose même pas. C'est naturellement, chez lui, dans sa maison de
Bordères, près de Pau, que François Bayrou entend se ressourcer. Des vacances en famille, «au milieu d'une nuée d'enfants de tous âges, pleine de bruits et de fureurs». Mais seulement «deux ou
trois semaines, après la session parlementaire extraordinaire», dit-il.
En juillet, François Bayrou a poursuivi son combat
contre le président de la République. Le premier, le leader centriste a dénoncé «les protections au plus haut niveau», celui de Nicolas Sarkozy, dont aurait bénéficié Bernard Tapie dans l'affaire
du Crédit lyonnais. Il a ainsi ouvert une polémique dans laquelle se sont engouffrés les socialistes qui ont demandé la création d'une commission d'enquête parlementaire.
