Voici deux articles publiés sur
lefigaro.fr :L'édito de de Paul-Henri du Limbet du 2 septembre 2008 :
Observer, attendre, espérer. C'est ce à quoi se résume aujourd'hui la stratégie de François Bayrou, qui, il est vrai, n'a pas grand-chose d'autre à faire. Observer le jeu politique, attendre que quelque chose se décante, espérer que cela lui profitera. Ça fait quinze mois que ça dure. C'est peu pour un homme qui, comme François Mitterrand, aime «donner du temps au temps» et se dit que les traversées du désert vous forgent le caractère et vous solidifient la colonne vertébrale.
On comprendra qu'il ait suivi avec attention les débats socialistes de La Rochelle. Qu'a-t-il vu ? Ce que tout le monde a vu et que Pierre Moscovici a brièvement résumé : «manœuvres, manipulations, tambouilles, combines». Le Parti socialiste avait une occasion de montrer qu'il a quelque chose à dire, ne serait-ce que pour rassurer un peu ses électeurs, il ne l'a pas saisie. On a bien compris que Ségolène Royal n'aime pas les éléphants, qui le lui rendent bien, que Martine Aubry et Laurent Fabius se sont découvert un sentiment soudain et que les strauss-kahniens hésitent entre leurs convictions et leurs intérêts. C'est tout.
On peut trouver ça passionnant ou dérisoire. François Bayrou trouve la chose passionnante, car, quand on est au centre, avoir sur sa gauche un grand parti malade, cela ouvre évidemment des perspectives.
Il sait bien que le PS n'en a pas fini avec sa guerre des anciens et des modernes et son absence de leader charismatique. Il se dit que le congrès de Reims n'a aucune chance de déboucher sur une quelconque renaissance triomphante du vieux parti d'Épinay. On fera semblant d'être un peu moderne tout en restant ancien et on se choisira un chef contraint à des compromis boiteux. L'électeur de gauche s'en trouvera désorienté et c'est le moment que François Bayrou attend. Qui sait, il a peut-être déjà rédigé son «appel» d'après Reims ? Cela devrait ressembler à peu près à ça : «Je m'adresse à cette France que Nicolas Sarkozy inquiète et que le PS désespère»… On peut compter sur lui, il sait faire ça comme personne.
Troisième phase de la stratégie : espérer que l'appel soit entendu. C'est évidemment le plus difficile. Espérer que le PS explose et créer sur ses décombres un parti dont on trouvera le nom le moment venu. On y mettra le mot «social», on y mettra le mot «démocrate», et on en trouvera un troisième, à choisir entre «moderne» ou «européen». Au poste de premier secrétaire, François Bayrou ! Le tour est joué et sus à Nicolas Sarkozy !
Soit. Mais on n'en est pas là. D'abord parce que les éléphants socialistes ne sont pas tout à fait nés de la dernière pluie. Ensuite parce que, le temps passant, la «singularité» bayrouiste, celle qui lui a valu son beau printemps 2007, ne saute plus aux yeux. On sait qu'il est contre tout ce que fait ou dit Nicolas Sarkozy, mais, au-delà de la posture et des slogans, on attend toujours le vrai programme alternatif. François Bayrou se dit qu'il a le temps de réfléchir à la question. Pour le moment, le plus important pour lui, c'est d'observer, d'attendre et d'espérer. Que peut-il faire d'autre ?
L'article "Pour Bayrou, le PSn'est plus une aternative crédible" du mardi 2 septembre :
Aux universités d'été du MoDem, samedi et dimanche, l'ancien candidat à l'Élysée dévoilera les «axes» de son projet.
Après trois semaines de vacances passées chez lui dans le Béarn, consacrées à sa famille et à l'écriture d'un livre politique, François Bayrou aborde la rentrée avec un large sourire. «Entre l'état du PS et l'État Sarkozy, ça va bien», glisse, félin, le président du Mouvement démocrate (MoDem), dont la première université d'été se tiendra ce week-end près de Saint-Raphaël au cap Esterel.
Sur le Parti socialiste, sa thèse est simple : le PS traverse une crise de fin de cycle. «Aujourd'hui, plus personne au Parti socialiste ne peut dire aux Français que l'avenir c'est le PS. Cette thèse, développée dans les années 1980, est épuisée», estime le troisième homme de la présidentielle de 2007.
Le «spectacle» donné par les socialistes le week-end dernier, autour de la succession de François Hollande, le conforte dans sa certitude d'incarner aujourd'hui «l'alternance» politique à laquelle, aspireraient, selon lui, les Français.
François Bayrou, que certains dans son propre camp jugent parfois trop autocrate, a toujours considéré qu'un parti politique ne peut réellement peser que s'il possède un véritable leader ou une idéologie politique forte. Notant qu'aujourd'hui le PS ne dispose ni de l'un, ni de l'autre, le député du Béarn admet donc sans difficulté que «ce qui [ lui] aurait davantage posé de problème, en termes de concurrence, c'est que le PS ait réglé son problème de leadership». Or, «là, on le voit, la guerre va continuer», observe-t-il.
«Préparer l'alternative»
Toute la difficulté pour le président du MoDem,
face à cet espace laissé vacant par un PS replié sur lui-même, est donc de savoir s'opposer tout en apparaissant constructif. Le risque en effet, pour lui, serait de s'enfermer dans un rôle de
simple contestataire. Un habit déjà revêtu, sur sa gauche, par le leader de la Ligue communiste révolutionnaire, Olivier Besancenot.
Conscient, donc, que c'est plus sur ses propositions que sur une simple dénonciation de l'action gouvernementale, qu'il sera jugé, François Bayrou révélera ce week-end, à l'occasion de son université d'été, les «grands axes» de son projet pour préparer «une alternative». Jean Peyrelevade, l'ancien patron du Crédit lyonnais et ami de Pierre Mauroy, parlera de l'«économie sociale». Corinne Lepage, ancienne ministre de Juppé, ou encore Jean-Luc Bennahmias, d'écologie. Marielle de Sarnez devrait quant à elle intervenir sur l'Europe, tandis que le général Philippe Morillon parlera de politique internationale. À noter encore la présence de «grands témoins», tels que la juge franco-norvégienne Eva Joly ou encore le journaliste Jean-François Kahn, dont les noms sont cités comme candidats possibles du parti centriste aux européennes de juin prochain.
En attendant d'en dire plus sur son projet, François Bayrou, qui a déjà été deux fois candidat à l'élection suprême, se dit prêt à assumer «la responsabilité de celui qui s'oppose sur le fond».
Ainsi, cet été, il a ouvert «plusieurs fronts». D'abord à propos de l'«affaire Tapie», où, selon lui, le contribuable aurait été abusé. Puis sur le RSA, que «les classes moyennes vont payer». Ou encore, pas plus tard que mardi, à propos de la mise en place du fichier de police Edvige, concernant les personnes ayant exercé un mandat public. Sans oublier les sanctions contre le coordinateur des forces de sécurité en Corse, suite à l'occupation par des nationalistes de la maison de l'acteur Christian Clavier. «Autrefois, nous connaissions le crime de lèse-majesté. Aujourd'hui, nous avons le crime de lèse copain de majesté», dit-il.


